Retraite et société n° 85 - Vieillissement, marginalité urbaine et mal-logement

Couverture du numéro Vieillissement, marginalité urbaine et mal-logement

Les personnes âgées sans abri ou mal logées sont rarement évoquées en tant que catégorie spécifique. Pourtant, la vieillesse pénalise considérablement les marginaux. Les aides et les programmes de réinsertion qui existent ne sont pas ou peu prévus pour cette partie de la population.

Vieillir dans la rue : un thème mineur de l’action politique ?

La question des personnes âgées de la rue n’apparaît pas comme centrale, que ce soit dans les études ou dans le discours public. Ce sont plutôt les jeunes marginaux qui attirent l’attention des chercheurs et des politiques. Pourtant, dans un monde contemporain de plus en plus urbanisé, l’absence de domicile correspond à l’une des formes les plus extrêmes de la précarité, qui plus est lorsqu’on est âgé. La crise sanitaire inédite liée au Covid-19 vient d’ailleurs de la révéler de façon frappante.

Des logiques de réinsertion inadaptées

Comment vivent les sans-domicile vieillissants au quotidien ? Comment ce vieillissement détermine-t-il les possibilités d’action au jour le jour ? Et que veut dire « se réinsérer » pour des sans-abri de 60 ou 70 ans ? Les programmes proposés passent souvent par la case "travail". Les marginaux âgés, dont le vieillissement est accéléré par une existence difficile, sont le plus souvent écartés de ce type d’aide. Ils sont davantage préoccupés par leur survie et par la mise en place de routines pour y parvenir. Ainsi, la logique de « projet de vie » ne peut pas s’appliquer dans les mêmes termes qu’au début ou au mitan de la vie.

« La routinisation du quotidien est à la fois une logique rationnelle de survie [...]
et un obstacle objectif à la projection de soi vers un autre avenir. »*

Une prise en charge à repenser

Les structures spécialisées dans l’accueil des personnes sans domicile sont incapables de prendre en charge des personnes vieillissantes. Celles spécialisées dans le grand âge acceptent difficilement d’accueillir des personnes très précaires. Le constat est clair : la prise en charge n’est actuellement pas pensée pour cette population particulière.

« Aucun dispositif ne permet de prendre en charge dans l’urgence
des personnes âgées dépendantes ayant perdu soudainement leur logement. »**

Retraite et société souhaite rappeler les particularités de ces sans-abri que l’âge discrimine au quotidien et exclut le plus souvent des possibilités existantes de réinsertion.

 

* Citation extraite de l'article de Thibaut Besozzi
** Citation extraite de l'article de Laureline Coulomb

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Sommaire

Avant-propos

Par Thibaut Besozzi (docteur en sociologie, Université de Bourgogne-Franche-Comté, LIR3S) et Hervé Marchal (professeur de sociologie, Université de Bourgogne-Franche-Comté, LIR3S)

Articles scientifiques

1. « Vieillir pauvre dans ses meubles : enquête dans un foyer-logement », par Rémi Gilbert (diplômé du master 2 Anacis*, université Lumière Lyon 2) et Laetitia Overney (École nationale supérieure d’architecture de Paris Belleville, IPRAUS-UMR AUSser 3329)

2. « La dernière demeure : accompagner les personnes sans abri en fin de vie dans un hébergement médicalisé », par Gabriel Uribelarrea (Centre Max Weber UMR 5283, Université Jean Monnet/ Université de Lyon)

3. « Les personnes sans domicile vieillissantes face aux dispositifs d’hébergement sociaux et médicaux », par Laureline Coulomb (chercheuse associée au LABERS (EA 3149) de l’Université Bretagne Sud)

4. « Quand « l’avenir est derrière soi » : routinisation et formes d’adaptation de sans-abri vieillissants », par Thibaut Besozzi (docteur en sociologie, Université de Bourgogne, LIR3S)

5. « Les épreuves identitaires des femmes âgées à la rue », par Marine Maurin (chercheuse à l’ESPASS – ENSEIS, Membre du Centre Max Weber – UMR 5283)

6. « Le sans-abrisme à l’âge de la vieillesse : « C’est vraiment une surcharge de ségrégation sociale ! » », par Amanda Grenier (professeure titulaire, faculté de travail social Factor Inwentash et hôpital Baycrest) et Tamara Sussman (professeure agrégée, école de travail social de l’université McGill)

Partie informative

Rubrique Entretien avec Jean-Claude Driant

« Les personnes âgées mal-logées : une catégorie peu visible », entretien réalisé par Hervé Marchal et Thibaut Besozzi

Rubrique Faits et chiffres

« Mal-logement des personnes âgées en France : des situations marginales à l’habitat inadapté », par Virginie Dejoux (Université de Bourgogne-Franche-Comté, Laboratoire interdisciplinaire de recherche « Sociétés, sensibilités, soin » UMR 7366 Ub-CNRS, Institut de démographie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Maryse Gaimard (Université de Bourgogne-Franche-Comté, Laboratoire interdisciplinaire de recherche « Sociétés, sensibilités, soin » UMR 7366 Ub-CNRS)

Rubrique Analyses critiques

La tyrannie du « bienvieillir ». Vieillir et rester jeune (Michel Billé et Didier Martz), par Valérian Boudjemadi

L’accompagnement des personnes âgées en établissement et à domicile (Victor Larger), par Pierre-Guy Gastaud

Les territoires de l’intervention à domicile – Regards croisés France-Québec (Christian Jetté, Catherine Lenzi), par Esther Sansone

Rubrique Parutions

 

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