Entretien avec Jean-Michel Hourriez, responsable des études au COR

« Comment adapter les droits familiaux aux évolutions des carrières féminines ? »

Cet extrait est tiré du numéro 63 de Retraite et société ; il a été réalisé par Catherine Bac (Cnav) et Carole Bonnet (Ined). Les écarts de retraite entre femmes et hommes sont importants. Jean-Michel Hourriez dresse, à travers cet entretien, un bilan de ces écarts et nous en donne les principales raisons. Il parle également des conséquences des réformes sur ces écarts, des corrections qui peuvent être apportées par les dispositifs de droits familiaux, et des perspectives d’évolution de ces droits.

Jean-Michel Hourriez est responsable des études du COR et chercheur associé à l’Ined.

Les écarts de pension de retraite entre hommes et femmes étaient importants dans le passé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Michel Hourriez : Les écarts de pension entre hommes et femmes demeurent importants : pour les générations nées avant 1944, c’est-à-dire les générations qui sont aujourd’hui presque entièrement parties à la retraite, la pension de droit propre (hors réversion) des femmes ne représente en moyenne que la moitié de celle des hommes.

Vous avez néanmoins raison de rappeler que les écarts de pension étaient encore plus importants dans le passé. En effet, ces écarts se réduisent au fil des générations : le ratio rapportant la pension moyenne de droit propre des femmes à celle des hommes progresse avec le temps.

Souvenons-nous aussi qu’autrefois beaucoup de femmes « au foyer » n’avaient pas acquis de droits à la retraite et ne percevaient aucune pension de retraite. Cette situation tend à disparaître. Parmi les générations qui sont actuellement à la retraite, il semblerait qu’environ une femme mariée sur dix ne perçoive pas de pension de retraite. D’une part, il devient rare qu’une femme ne travaille jamais au cours de sa vie (l’inactivité permanente ne concernera plus à terme qu’environ une femme sur vingt). D’autre part, les femmes « au foyer » ont pu, à partir des générations nées dans les années 1930, acquérir des droits à la retraite grâce à l’AVPF (assurance vieillesse des parents au foyer).

Malgré les écarts importants de pension de droit propre, les écarts de niveau de vie sont relativement limités. Le niveau de vie des femmes âgées vivant seules est inférieur de 10 à 20 % à celui des hommes et des femmes âgées vivant en couple. En effet les veuves, qui sont de loin les plus nombreuses, bénéficient de pensions de réversion. Or, nous avons vérifié que le système français de réversion garantit, en moyenne, le maintien du niveau de vie antérieur au décès du mari. Si les veuves ont néanmoins un niveau de vie inférieur à la moyenne, c’est parce qu’elles appartiennent à des générations plus âgées ayant des pensions plus faibles et que le veuvage est plus fréquent et plus long chez les femmes d’ouvriers que les femmes de cadres. Elles ont aussi nettement moins de patrimoine que les couples. Quant aux femmes divorcées ou célibataires parmi les générations actuellement à la retraite, elles sont encore peu nombreuses, et elles appartiennent à des milieux sociaux relativement favorisés, d’où un niveau de vie relativement satisfaisant.

Quelles sont les principales raisons de ces écarts de pension ?

Jean-Michel Hourriez : Les écarts de pension de droit propre reflètent les écarts sur le marché du travail : premièrement, le taux d’activité des femmes est inférieur à celui des hommes, d’où des durées d’assurance plus faibles ; deuxièmement, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, ce qui joue sur le salaire de référence (ou, dans la fonction publique, sur le coefficient de proratisation) ; troisièmement, les salaires horaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes, d’où également des salaires de référence plus faibles.

Ainsi, en dépit des droits familiaux qui majorent la durée d’assurance, les femmes aujourd’hui à la retraite n’ont validé en moyenne que 131 trimestres de durée d’assurance tous régimes contre 161 trimestres pour les hommes (y compris droits familiaux), soit 30 trimestres d’écart. En effet, elles ont souvent cessé leur activité définitivement ou pendant une longue période suite à la naissance de leurs enfants. Elles ont en outre effectué une grande partie de leur carrière à une époque où les écarts de salaire entre hommes et femmes étaient importants (entre 1950 et 1975 ils étaient de l’ordre de 35 % dans le secteur privé).